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Qu’est-ce que l’IDEO

Une équipe de dominicains au Caire pour le dialogue et la rencontre des cultures

Créé en 1953 par l’Ordre dominicain, à la demande de l’Eglise catholique, l’Institut dominicain d’Etudes orientales (IDEO) est un groupe de chercheurs, pour la plupart religieux dominicains, qui veulent promouvoir une meilleure compréhension entre chrétiens et musulmans.

Leur conviction profonde : il faut dépasser les incompréhensions et les violences du passé pour apprendre à nous connaître en vérité. Leur intuition fondatrice : l’étude objective et libre des traditions culturelles et religieuses respectives, et en particulier des grands textes de la tradition classique arabo-musulmane, est un moyen privilégié pour mieux connaître l’autre.

 

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Ce désir de la rencontre et d’un engagement envers l’autre est aujourd’hui menacé par les courants identitaires, qui traversent les sociétés et les grandes religions et menacent la paix du monde C’est pourquoi l’IDEO suit avec attention les courants et les évolutions de l’Islam contemporain, et propose à tous de travailler ensemble à l’avènement d’une société plus juste, plus pacifique, plus harmonieuse.

Pour accomplir cette mission, les membres de l’IDEO se sont donnés les moyens suivants : étudier l’Islam par ses sources, d’une manière scientifique ; offrir aux étudiants et aux chercheurs une bibliothèque spécialisée sur l’Islam et un séminaire de recherche ; publier des travaux de recherche dans une revue académique (MIDEO) ; vivre leur vocation de religieux chrétiens dans un pays musulman ; accueillir ceux qui sont intéressés par la rencontre entre les cultures et les religions.

L’IDEO, qui a fêté en 2013 au Caire ses 60 ans, est aujourd’hui un institut de recherche bien connu des spécialistes de l’Islam et de l’Orient arabe, qui apprécient sa Maison des chercheurs et sa bibliothèque de recherche réputée, installées à proximité du siège d’Al-Azhar, la plus haute autorité de l’Islam sunnite. Oasis de calme au milieu du Caire, l’IDEO accueille dans sa bibliothèque de nombreux étudiants et chercheurs égyptiens ou venus du monde entier, et constitue un lieu de rencontre et de dialogue réputé.

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Rappel historique – Les fondateurs de l’IDEO

Fondé au XIIIe siècle dans le sud de la France, l’Ordre de saint Dominique s’intéresse au Moyen-Orient où il s’établit très tôt, à Constantinople, Tunis, Bagdad, et plus tard à Mossoul. Ses maîtres en théologie doivent leur découverte d’Aristote à des savants arabes : Albert le Grand et Thomas d’Aquin commentent Averroès et Avicenne. Au Caire, le couvent des frères dominicains existe depuis 1928. Son fondateur, le Père Jaussen (1871-1962), voulait en faire le pied-à-terre en Egypte de l’Ecole biblique de Jérusalem, consacré à l’étude de l’archéologie égyptienne en lien avec la Bible. Les événements internationaux n’ont pas rendu possible ce projet. Mais lorsqu’en 1937 des frères dominicains décident de se consacrer à l’étude de l’Islam, le Caire leur parut être un lieu idéal pour s’installer, en raison de la présence de l’université d’al-Azhar et de la place culturelle de l’Egypte dans le Monde arabe.

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L’intuition des trois fondateurs, les frères Georges Anawati, Jacques Jomier et Serge de Beaurecueil, fut rejointe par une demande faite par le Vatican que des religieux prennent au sérieux l’Islam, non pas pour convertir des musulmans, mais pour le faire connaître et apprécier, dans sa dimension spirituelle et religieuse. Ces trois frères ont pu commencer leur travail après la seconde guerre mondiale, au début des années 50, et fonder l’Institut dominicain d’Études orientales (Idéo), qui est aujourd’hui un institut de recherche fondamentale sur les sources de la civilisation arabo-musulmane.

Les fondateurs

Sachant allier une grande rigueur scientifique et beaucoup d’humanité, ses membres fondateurs sont restés une référence pour l’Idéo.

Né à Alexandrie en 1905, Le père Georges Chehata Anawati est entré chez les Dominicains, en 1934. Pharmacien de formation, il est devenu un spécialiste de renommée mondiale dans le domaine de la philosophie arabe médiévale, celle qui a permis de faire un pont entre l’héritage grec et la pensée médiévale. Ses travaux sur Avicenne et Averroès font encore autorité au même titre que son Introduction à la théologie musulmane ou sa traduction du Shifāʾ d’Avicenne. Ayant passé sa vie à établir des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman, il fut aussi un acteur décisif des avancées du Concile Vatican II sur le dialogue avec l’Islam.

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Décédé en 1994, le jour de la saint Thomas d’Aquin, il constitue aujourd’hui encore une référence pour les membres de l’Idéo, qui souhaitent eux aussi associer la compétence et l’amitié dans l’approche du monde musulman. Pour en savoir plus, se reporter au livre de Jean-Jacques Pérennès « Georges Anawati (1905-1994), un chrétien égyptien devant le mystère de l’islam », Paris, Ed. du Cerf, 2008.

Ses deux premiers collaborateurs furent les pères Jacques Jomier et Serge de Beaurecueil. Tous deux furent introduits aux études islamologiques par l’orientaliste français Louis Massignon, qui leur apprit qu’il n’y a pas de connaissance véritable du monde musulman sans un a priori de sympathie. Jacques Jomier (1914-2008), après une thèse sur le commentaire coranique du Manar, se spécialisa dans l’étude du Coran et de la culture arabe contemporaine. Il fut le premier à faire connaître en Occident la trilogie du romancier égyptien Naguib Mahfouz. Son ouvrage « Pour connaître l’Islam » (Paris, Ed. du Cerf, réédité en 2001) reste un classique de l’initiation à  la culture et la religion de l’Islam.

Serge de Beaurecueil (1917-2005), est arrivé au Caire en 1946, où il a travaillé  sur le mystique persan Ansari, dont il a édité les œuvres. Après avoir participé jusqu’en 1963 aux débuts de l’IDEO, il s’est vu  confier une chaire d’histoire de la mystique musulmane à l’Université de Kaboul en Afghanistan. Seul prêtre chrétien dans ce pays musulman, il a relaté son expérience peu ordinaire dans des ouvrages exceptionnels : « Nous avons partagé le pain et le sel » et « Mes enfants de Kaboul ». Pour en savoir plus,  se reporter au livre de Jean-Jacques Pérennès « Passion Kaboul, le père Serge de Beaurecueil », Paris, Ed. du Cerf, 2014.

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