Une conférence au Caire le 30 novembre 2018, animée par le frère Adrien Candiard

S’il est vrai que le dialogue interreligieux a longtemps été à l’initiative des chrétiens, des voix musulmanes de plus en plus nombreuses se font aujourd’hui entendre au sein de l’islam, qui appellent à retrouver les fondements proprement coraniques et prophétiques de la rencontre avec les non-musulmans. Le frère Adrien Candiard, membre de l’Idéo, a animé le 30 novembre au Caire sur ce thème une table-ronde entre trois intellectuels musulmans francophones : Djamel Djazouli, professeur d’études islamiques et directeur de l’Institut an-Nour à Cergy-Pontoise, Denis Gril, spécialiste du soufisme et professeur émérite à l’université d’Aix-Marseille, et Omero Marongiu-Perria, sociologue des religions et spécialiste de l’islam français. Tous trois sont membres du groupe de réflexion et de recherche islamo-chrétien du Service national de relation avec les musulmans (SNRM) de la Conférence des évêques de France, de même que plusieurs dominicains membres de l’Idéo.

C’est au Caire que le Père Vincent Feroldi, qui dirige le SRNM, avait invité le groupe à se réunir fin novembre-début décembre. Cette session de travail , qui s’est déroulée à l’Idéo, a permis aux membres du groupe de rencontrer à Al-Azhar les partenaires de l’Idéo. Elle a aussi offert l’opportunité de cette conférence publique à l’Institut français d’Egypte sur les fondements d’une « théologie des religions » en islam, c’est-à-dire d’une réflexion sur les autres religions et sur la nature des relations que l’islam peut établir avec elles.

De gauche à droite : Djamel Djazouli, Omero Marongiu-Perria, Denis Gril et Adrien Candiard

Si le message coranique est centré sur l’unicité de Dieu, ont montré les intervenants musulmans, c’est pour mieux mettre en avant la diversité que Dieu a voulue pour l’humanité : une diversité humaine de communautés et de rites qui seule peut exprimer la richesse de l’unicité divine. Au-delà des dialogues que nous pouvons avoir entre nous, et de manière plus fondamentale, Dieu est en dialogue avec l’univers. Cette infinie profondeur divine ne peut se dire en mots simples et univoques, ont-ils souligné.

C’est pourquoi les versets du Coran prennent souvent la forme de paradoxes, tenant en même temps des expressions qui sont apparemment contradictoires. Ainsi : » le Coran est la vérité ultime » et « Dieu seul sait qui est bien guidé » ; ou encore, « la religion unique est l’islam » et « le Prophète Muḥammad intercédera pour toutes les communautés lors du jugement ».
Nous sommes donc appelés à revoir nos conceptions de ce qu’est la vérité, ont-ils conclu. Non pas comme un contenu univoque qu’on pourrait asséner aux autres mais une réalité que chacun doit recevoir, face à laquelle chacun doit se positionner et faire des choix qui seront nécessairement différents pour chacun. L’islam appelle donc chacun à avancer sans crainte sur ce chemin qui conduit à Dieu et à poser des choix en dialogue les uns avec les autres.

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